Pilotage

Piloter le risque climatique

Un incendie en Gironde, une canicule qui ralentit une ligne de production, une inondation qui coupe un entrepôt : le risque climatique touche toute entreprise dont un site, un fournisseur ou une chaîne logistique est exposé au climat. Cet article détaille la méthode à quatre éléments pour le documenter et le piloter, avant qu'il ne survienne.

Temps de lecture estimé : X min

Sommaire

Ces derniers jours, des feux de forêt en Gironde se sont rapprochés de sites industriels majeurs : ArianeGroup, Dassault Aviation, Thales, et des dizaines de sous-traitants moins visibles mais tout aussi dépendants de ce territoire. Aucun dommage n'a été confirmé sur ces sites.

L'épisode pose une question : ces entreprises savaient-elles précisément dans quelle mesure elles étaient exposées, et avaient-elles une marche à suivre prête à être déclenchée ?

La même question se pose pour une canicule qui ralentit une ligne de production, une inondation qui coupe l'accès à un entrepôt logistique, ou une sécheresse qui fragilise un fournisseur agricole. Le risque climatique n'a rien d'exceptionnel dans sa gestion. Il suit les mêmes règles qu'un risque de cybersécurité, un risque de défaillance fournisseur ou un risque réglementaire : il se documente, il se chiffre, il se pilote.

Deux registres

Face à un risque climatique, deux registres se distinguent, et ils se traitent différemment.

Le premier est l'amont : réduire l'exposition avant que le risque ne se matérialise. Diversifier les fournisseurs critiques pour ne pas dépendre d'un site unique en zone à risque. Adapter les infrastructures : systèmes de refroidissement pour la canicule, drainage et zones surélevées pour l'inondation, zones coupe-feu et débroussaillage pour l'incendie. Revoir l'implantation de nouveaux sites à la lumière des projections climatiques plutôt que du seul coût du foncier.

Le second est l'aval : réagir vite quand le risque survient. Cela suppose trois choses réunies avant l'événement, pas pendant : un responsable identifié qui sait que le dossier lui revient, un signal qui déclenche l'alerte (niveau de vigilance incendie, alerte météo, seuil de température), et une action déjà chiffrée, prête à être engagée sans arbitrage de dernière minute.

Beaucoup d'entreprises travaillent l'amont sans structurer l'aval, ou l'inverse. Un site adapté aux inondations mais sans procédure de reprise d'activité reste vulnérable le jour où l'eau monte plus haut que prévu. Une procédure d'alerte bien rodée mais sans réduction de l'exposition ne fait que répéter la même crise chaque année, avec le même coût.

La mécanique à quatre éléments

Structurer un risque, climatique ou non, revient à documenter quatre éléments pour chaque risque identifié.

  • Un responsable : une personne ou une équipe nommément désignée, qui sait que la gestion de ce risque lui incombe. Sans ce nom, un risque identifié reste une ligne orpheline dans un tableau, révisée par personne.

  • Un impact financier chiffré : un montant, pas une impression. Combien coûterait l'arrêt d'un site pendant une semaine, la perte d'un fournisseur unique, la remise en état après un sinistre. Ce chiffre change tout : il permet d'arbitrer entre deux risques, et de justifier un budget de prévention avant que le risque ne coûte plus cher que la prévention elle-même.

  • Un déclencheur : le signal concret à partir duquel on considère que le risque s'active. Un niveau d'alerte incendie, un seuil de précipitations, une alerte canicule à trois jours. Ce signal transforme une inquiétude diffuse en décision datée.

  • Une action budgétée : ce que l'entreprise fait pour réduire la probabilité du risque, en limiter les effets, ou y remédier une fois survenu, avec un budget déjà associé. Une action sans budget reste une intention.

Sans ces quatre éléments, un risque reste une ligne dans un tableau. Avec eux, il devient pilotable : on sait qui agit, quand, avec quels moyens, et pour quel effet financier attendu.

Un travail que la réglementation encourage, sans le rendre obligatoire pour tous

Les grandes entreprises soumises à la CSRD documentent déjà une partie de ce travail via l'analyse de double matérialité de l'ESRS E1, qui impose d'identifier les risques physiques aigus et chroniques liés au climat, site par site, et les mesures d'adaptation associées.

Cette obligation ne concerne qu'une fraction des entreprises exposées. Les sous-traitants de rang 2 ou 3, souvent hors périmètre direct de la CSRD, portent une part importante du risque réel : ce sont eux qui exploitent les sites les plus anciens, qui ont le moins de marge pour diversifier leurs fournisseurs, et qui ont le moins de moyens pour formaliser ce suivi. Leur activité conditionne pourtant celle des donneurs d'ordre, eux-mêmes suivis de près par leurs clients et leurs investisseurs.

Piloter ses risques climatiques n'a pas besoin d'attendre une obligation réglementaire pour avoir de la valeur. Une PME qui identifie ses trois sites les plus exposés, désigne un responsable par site et chiffre le coût d'un arrêt de production a déjà fait l'essentiel du travail, sans avoir ouvert un seul rapport de durabilité. Les assureurs et certains grands donneurs d'ordre commencent d'ailleurs à demander ce niveau de détail à leurs fournisseurs, indépendamment de toute obligation légale.

Ce que structure Harnest

Harnest a été construit pour rendre cette mécanique opérationnelle plutôt que théorique. Chaque risque y est documenté avec son responsable (personne ou équipe), son impact financier (ampleur à court, moyen et long terme, probabilité), son origine (cause, entité concernée, chaîne de valeur) et les actions qui lui sont rattachées, avec leur statut et leur budget.

La plateforme intègre aussi la notion d'indicateur de risque : un déclencheur défini à l'avance, qui signale que la probabilité du risque augmente et qu'il est temps d'agir. Un système d'alertes vient compléter ce suivi : risque sans responsable identifié, action non budgétée, risque non documenté depuis plusieurs mois. Autant de signaux qui distinguent un risque suivi d'un risque simplement listé.

Le cas girondin, une illustration parmi d'autres

Un site industriel proche d'une zone à risque incendie n'a pas besoin d'attendre qu'un feu se déclare pour savoir qui décide de l'évacuation, quel fournisseur prend le relais, et quel budget est déjà alloué à cette éventualité. La même logique s'applique à un entrepôt en zone inondable, où la question se pose en amont plutôt que pendant la montée des eaux, ou à une ligne de production vulnérable à la canicule, où le seuil de température qui déclenche un ralentissement se fixe avant l'été, pas pendant.

La différence entre une entreprise qui subit un aléa climatique et une entreprise qui le traverse sans dommage majeur tient rarement à la chance. Elle tient à un travail fait en amont, documenté, avec un responsable, un déclencheur et un budget prêts avant que l'événement survienne.